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Keren Teshouva

Keren Techouva : 92% de réussite dans la réhabilitation des délinquants

Keren Techouva, association à but non lucratif oeuvrant pour la réhabilitation des prisonniers et la canalisation de leurs énergies dans le monde de la Torah et des mitzvots, fait preuve depuis sa fondation d'un taux de réussite exceptionnel dans la désintoxication et la réhabilitation des meurtriers, des violeurs, des brigands et des voleurs, mais ne peut exploiter tout son potentiel en raison de difficultés budgétaires, et la société israélienne paie de la prix de cette négligence.

Keren Techouva est de ces associations qu'il aurait fallu inventer si elles n'existaient pas. Il s'agit du seul organisme qui œuvre depuis 1972 en faveur de la réhabilitation des délinquants et de leur réadaptation au sein de la société israélienne. Le Fonds Keren Techouva a pour objectif de permettre à ces égarés de retrouver leur place dans la société.

En dépit de sa réussite dans le retour des délinquants à des activités saines et utiles à la société, peu connaissent l'existence du Fonds. Il est pourtant bon de savoir qu'il y a dans la société des bienfaiteurs qui oeuvrent à faire baisser le taux de criminalité.

D'un autre côté, les acteurs qui l'accompagnent et qui sont conscients de ses capacités à rompre le cercle de la violence au sein des délinquants, l'encouragent avec enthousiasme, par un soutien moral et financier. Ces acteurs savent qu'il coûte moins cher à la société de réintégrer un ancien prisonnier que de le laisser aux contraintes de la rue et de le remettre en prison. Par exemple, l'Office de Réhabilitation du Prisonnier, organe gouvernemental, est consciente des bons résultats du Fonds et lui accorde un budget annuel. Des donateurs juifs d'Israël et de l'étranger qui ont entendu parler de ses activités ne refusent pas non plus leur aide.

Depuis les locaux vétustes d'un appartement hiérosolomytain, sans secrétaire et avec un seul travailleur social à temps partiel, le comptable Joel Hazan, directeur-général du Fonds et président de son comité directeur, explique : "Le problème, en ces temps de réductions budgétaires, est que l'Etat réduit sa participation au budget de nos activités. L'Office de Réhabilitation du Prisonnier a réduit de 33% sa participation à nos activités. Le Ministère de la Sécurité intérieure a lui gelé les allocations à l'organisation depuis 2002. Les perdants sont les prisonniers d'un côté et la société israélienne dans son ensemble de l'autre. En l'absence de budget, nous sommes contraints de nous occuper de moins de prisonniers, ce qui signifie que de plus en plus de détenus vont demeurer dans le monde de la délinquance, de la violence et de la drogue, et c'est la société israélienne qui va en payer les frais à la fin."

"La société israélienne n'a-t-elle pas intérêt à investir justement dans la rupture des prisonniers du monde de la pègre, au lieu de payer les dégâts liés à la criminalité, à financer des poursuites sans fin contre eux, et à les accueillir dans des conditions de pension dans les prisons ?" poursuit le directeur-général de Keren Techouva.
Il semble que la réponse soit claire. Chaque shekel investi dans la réhabilitation d'un prisonnier et son retour sur le droit chemin permet à l'Etat d'économiser plusieurs dizaines voire centaines de milliers de shekels.

Le Fonds Keren Techouva a été fondé en 1972 par l'Aumônier-Général Avraham Hazan, qui occupait alors le poste de grand-rabbin de la Police israélienne et des autorités pénitentiaires. Le rav Hazan a créé cette association à but non lucratif afin de venir en aide au prisonnier dès sa sortie de prison et de l'aider à se couper du monde de la pègre. Le rav Hazan était arrivé à la conclusion qu'un ex-détenu qui réintègre la société par le biais de la Torah et des mitzvots accroît ses chances de redevenir un citoyen libre, utile à lui-même, à sa famille, à son entourage et à la société.

En vue de la réhabilitation des prisonniers ayant le potentiel de réintégrer la société via la Torah et les mitzvots, le rav Hazan a créé le Fonds Keren Techouva et cette initiative a été saluée par tous les Ministres de la Police d'alors, les Ministres Haïm Bar Lev, Shlomo Hillel et Tzahi Hanegbi.

Le rav Hazan a continué de diriger le Fonds même après son départ à la retraite en 1992. En 2000, il en a transmis les rênes à son fils, le comptable Joel Hazan. Keren Techouva jouit notamment du support des autorités pénitentiaires. Une étude effectuée en 1999 fait état de résultats stupéfiants : 92% des ex-détenus qui ont bénéficié des activités du Keren Techouva ne sont pas retournés en prison !!! Ces résultats ont une signification incroyable : alors que la moyenne nationale de récidivisme atteint le taux effrayant de 67%, seuls 8% des ex-détenus traités par le Keren Techouva retournent en prison. L'étude effectuée par le Dr. Ouri Timor, qui enseigne aujourd'hui à l'Université Bar-Ilan, en vue de l'obtention de son doctorat à l'Université Hébraïque de Jérusalem, montre que ces résultats s'inscrivent dans le temps, et selon le chercheur, la situation sur le terrain est encore plus optimiste.

Incroyable, sans aucun doute. Ces données, qui n'ont d'équivalent dans aucun autre cadre de réadaptation, ni en Israël ni à l'étranger, parlent d'elles-mêmes. Comme on l'a dit, si le Fonds n'existait pas, il aurait fallu l'inventer. Heureusement, il existe depuis 1972, et s'enorgueillit même d'avoir "traité" non seulement des citoyens utiles à la société et fidèles à la Torah, mais également plusieurs personnalités du monde de la Torah, dont des rabbins et des directeurs de yeshiva et de kollel, ayant purgé des peines de prison dans le passé pour crimes, drogues, vols etc. Incroyable, mais tels sont les faits !

Quel est le secret de la réussite du Keren Techouva?
Selon le directeur du Keren Techouva, l'organisation œuvre à plusieurs niveaux. En priorité, elle sélectionne les candidats potentiels à la réadaptation dès la prison. A leur libération, elle les aide à trouver une activité, voire une formation professionnelle, leur fournit une assistance médicale (dentaire notamment), les incite à fonder une famille et participe financièrement à la naissance de leurs enfants. Le Fonds les aide également à trouver un nouvel appartement, mesure destinée à les couper de leur ancien entourage, leur envoie des cadeaux à chaque fête et organise régulièrement des rencontres afin de renforcer le lien entre le Fonds et ses anciens.

Mais la raison d'être du Fonds est le centre d'hébergement "Beth Avraham", installé dans le quartier de Ramot à Jérusalem et où résident des ex-détenus en phase de réhabilitation. Le centre leur fournit – aux célibataires comme aux hommes mariés –un soutien et un cadre communautaire qui les coupent de leur entourage (ils se rendent une fois toutes les deux semaines chez eux pour shabbat), et s'occupe de tous leurs besoins – du placement dans diverses entreprises de Jérusalem, à des cours de Torah, de morale et de comportement. Les anciens prisonniers, appelés par le Fonds "résidents", autogèrent leur quotidien au sein du centre, et préparent notamment leurs repas seuls. Leurs activités ont lieu sous l'autorité du rabbin et directeur du centre, le rav Arie Shraga, également psychologue clinique et qui organise sur place trois séminaires par semaine sur le sevrage du monde de la pègre, la canalisation des colères, etc. Dans le passé, des stages de formation professionnelles étaient également organisés, dans des domaines aussi divers que la surveillance de cacheroute, l'écriture de Sefer Torah et de Mezouzot, etc.

Il est superflu de préciser que le séjour au centre est libre et que ses résidents y vivent dans un cadre totalement ouvert et sans barreaux. Ils se rendent chaque matin au travail (en raison d'un manque de formation professionnelle, la plupart ont des travaux très physiques, comme déménageurs, agents de nettoyage, de cuisine, etc.), rentrent chaque soir "épuisés mais contents" et participent à des activités qui comprennent la prière d'Arvit en groupe, des cours de Torah, de morale, et autres activités.

Dans le cadre d'une étude sur les activités du Fonds, nous nous sommes rendus au centre et nous sommes rendus compte qu'il s'agit d'un lieu propre et soigné, dont les chambres sont équipées de toutes les facilités, et dont se dégagent un sentiment chaleureux. Les espaces publics comprennent des lieux d'étude et de prière, une salle à manger et une cuisine, une salle de jeu, etc.

Le problème est que les prisonniers libérés ne peuvent résider au centre qu'une seule année, alors que la direction du Fonds est d'avis, en se basant sur la situation sur le terrain, que les anciens détenus devraient pouvoir profiter du programme de réhabilitation pendant deux ans. Malheureusement, certainement en raison de considérations budgétaires, l'Office de Réhabilitation du Prisonnier part du principe que neuf mois passés au centre suffisent à l'ancien prisonnier pour réintégrer normalement la société – mesure qui accroît pourtant les chances de rechute dans le monde de la pègre. Le séjour dans le centre au-delà de la période de neuf mois à laquelle participe l'Office de Réhabilitation du Prisonnier, est financé par le Fonds. "A notre grand regret", explique Joel Hazan, "tout dépend de nos capacités financières, elles-mêmes liées à la participation de l'Etat et de donateurs".

Face à la pénurie de place dans le centre, seul un nombre restreint d'anciens prisonniers ont la possibilité d'y poursuivre leur processus de réadaptation. Mais les candidats acceptés n'ont de cesse de vanter les mérites du centre. C'est le cas de Moshé (55 ans), ancien délinquant, qui a déclaré aux auteurs de l'étude de l'Université "Keren Techouva m'a sauvé la vie".

Michaël, 38 ans, a lui affirmé que le centre lui avait "sauvé la vie. Sans lui, je ne sais pas où je serai aujourd'hui."

Leonid, 28 ans, raconte "Au moment où je suis sorti de prison, j'ai jeté mon répertoire téléphonique. Je ne suis pas en relation avec des gens de mon passé. Je veux terminer mon séjour au centre et trouver un travail, apprendre un métier, bâtir une famille, respecter les mitzvots et bien me conduire".

En plus de ses activités de réhabilitation, le Fonds envoie aux enfants et aux épouses des anciens détenus des colis de vivres, d'habits, de chaussures, etc. Des colonies de vacances sont également organisées, et en chaque début d'année, il fournit cartables et livres scolaires. Ces opérations sont assurées par l'organisation de bienfaisance "Tsiona", dont le siège est à Paris.

Aujourd'hui, une vingtaine d'ex-détenus résident au centre. Le nombre de candidats au sevrage de la délinquance est très élevé, mais des considérations budgétaires et des difficultés bureaucratiques empêchent le Fonds d'élargir ses activités.

Récemment, les difficultés budgétaires ont contraint le Fonds à fermer son centre de désintoxication pour les drogués de la communauté religieuse et ultra-orthodoxe. Ce centre, fondé en 2000, était le seul à traiter les religieux et a été contrait de fermer ses portes en 2006 et l'Etat d'Israël paie lui aussi le prix de cette mesure.

Ainsi, alors que tous, professionnels comme universitaires, sont unanimes à saluer les activités du Fonds, et en dépit de son bon vouloir, Keren Techouva n'a pas à sa disposition, en raison de considérations financières, tous les outils pour faire face à la réhabilitation des anciens détenus et les remettre dans le droit chemin.