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Yafa Goldstein – Reportages de Jérusalem – Journal "Hatsofé"

Des ex-détenus retrouvent les voies de la Torah à Jérusalem
29/01/2007

Yonathan, un ex-détenu, qui a fait Techouva, se sent suffisamment à l'aise pour se présenter devant un public religieux et parler des "bas-fonds" selon son expression, desquels il a réussi à se détacher grâce au "Keren Hatechouva". Cet événement se passait dans la soirée d'après le Chabbat, lorsque les fidèles de la synagogue du quartier de Kiriat Moshé, à Jérusalem, ont découvert pour la première fois l'entreprise exceptionnelle du "Keren Hatechouva". En effet, cette association a la responsabilité d'une part, de sauver et d'assurer la réinsertion de dizaines de détenus et de leurs proches, et d'autre part, de leur transmettre les racines du Judaïsme. Ces actions sont effectuées avec abnégation, discrètement, depuis sa fondation en 1972 par le Abraham-Albert Hazan zats"al, Grand Rabbin de la police israélienne et des autorités pénitentiaires.

La grandeur du Rabbin Hazan réside dans le fait qu'il ne s'est pas contenté de sa fonction officielle. Il avait compris que les délinquants n'arrivent pas à échapper au cercle infernal de la criminalité, même lorsqu'ils opèrent un retour à la Thora et sont libérés de prison, car rien ne les attend à l'extérieur. C'est la raison pour laquelle ils reviennent dans le seul univers qu'ils connaissent. Pour briser ce cercle infernal, il faut leur offrir un soutien personnalisé, dès leur sortie de prison, et les renforcer constamment, tout en se préoccupant de leur trouver un emploi et de leur enseigner la Torah, jusqu'à ce qu'ils soient assez forts et stables pour affronter les tentations de la criminalité. C'est ainsi qu'à Jérusalem, Le Rabbin Hazan a créé le Centre d'hébergement pour les ex-détenus aspirant à renouer leurs liens à la Torah.

Yonathan, probablement un nom d'emprunt, paraît plus jeune que ses 39 ans malgré les vicissitudes de sa vie, et n'a pas encore l'apparence d'un homme religieux bien qu'il porte une kipa noire. Il est devenu dépendant de la drogue dès son plus jeune âge, a connu la plupart des établissements pénitenciers d'Israël, et s'est même retrouvé incarcéré dans des prisons à l'étranger. En prison, il a écouté une cassette du Rabbin Amnon Yitshak qui a provoqué, pour la première fois, chez lui le germe d'une réflexion sur le repentir, la Techouva. Puisque le Chabbat n'est pas compatible avec la drogue, il s'est désaccoutumé des stupéfiants sans suivre de traitement de désintoxication. Sa libération l'angoissait : "Je sors, mais vers quoi ? Dehors, je ne connais que des criminels." Lorsque son avocate a témoigné qu'effectivement il avait pris ses distances d'avec l'univers de la criminalité, il a été admis au centre d'hébergement de Jérusalem pour les ex-détenus aspirant à revenir vers la Tora. C'est ce centre qui lui a sauvé la vie.
"Pour moi, cela a été un véritable tremplin. L'équipe du centre a été extraordinaire. Pour la première fois de ma vie, j'allais dormir à 11 heures du soir et me levait à une heure normale pour me rendre à mon travail. Je prenais enfin des repas réguliers, j'écoutais des cours dispensés par des rabbins, je partais en excursion, visitais les sépultures des Tsadikim en Israël. Même lorsque nous passons par des périodes difficiles au centre d'hébergement, nous sommes soudés et solidaires les uns des autres, comme une famille. Songez qu'il s'agit de voleurs, de meurtriers, d'anciens drogués, et malgré tout, au centre d'hébergement jamais il n'y a eu de vol ou même de coups… C'est ce qui nous a sauvé." "Le repentir est plus grand que la Tsedaka et la prière", tel est la devise qui figure en tête de l'emblème du Keren Hatechouva. Cette devise est suffisamment éloquente.

Extrait de l'intervention de l'expert comptable Yoël Hazan, Président du Keren Hatechouva, lors de la soirée communautaire

Je vais vous présenter brièvement le mécanisme du traitement :

  • Sélection des détenus dans les établissements pénitenciers qui ont décidé de modifier leur mode de comportement et d'accomplir les mitsvot. Soulignons, et c'est là un point fondamental, que le détenu choisit volontairement et librement de venir chez nous lorsqu'il est libéré. La seule condition est l'observance d'un style de vie orienté vers le respect de la Tora et des mitsvot.
  • Préparation d'un programme de réinsertion détaillé et explicité déposé auprès des commissions chargées des libérations.
  • A sa libération complète ou partielle, sur autorisation des autorités de réinsertion de la prison, le détenu est accueilli chez nous.
  • A son arrivée, nous lui proposons un soutien pour trouver un emploi, et souvent une formation et une orientation professionnelles.
  • Nous recherchons des solutions aux problèmes économiques et financiers du détenu et de sa famille, et proposons à tous les résidents des soins dentaires et une aide concernant les besoins les plus élémentaires.
  • Notre environnement de soutien représente le support sur lequel s'appuie le détenu dans sa nouvelle vie. Tel un nouveau-né, nous l'accompagnons dans ses premiers pas dans le cadre communautaire thérapeutique et ce, à des conditions d'internat, où nous nous préoccupons de toutes les nécessités existentielles.
  • Nous transmettons des habitudes de travail, dispensons des cours de Torah et de valeurs juives.


D'autres organismes officiels nous encouragent chaleureusement, en nous apportant un appui budgétaire et moral. Ces organismes savent pertinemment qu'il est bien moins onéreux à la société d'assurer la réinsertion d'un ex-détenu et de lui permettre de retrouver une activité positive en son sein, que de l'abandonner aux aléas de la rue et de le réincarcérer encore et encore.

Le plus étonnant est que malgré les encouragements dont l'association fait l'objet, les subventions gouvernementales ne cessent d'être réduites. L'impact de ces réductions budgétaires nous contraint à prendre en charge moins de détenus, ce qui signifie que davantage d'entre eux resteront dans l'univers de la criminalité, de la violence et de la drogue, et c'est la société israélienne qui paiera en fin de compte la facture.

Et à ce stade, je m'interroge : n'est-il pas préférable pour la société israélienne d'investir précisément dans des mesures permettant aux détenus de rompre avec l'univers de la criminalité, au lieu de supporter les méfaits provoqués par la délinquance, de financer une chasse à l'homme sans fin, et finalement de les réincarcérer dans des établissement pénitentiaires, avec tout ce que cela implique comme dépenses.

La société toute entière, et pas seulement l'Etat et ses institutions, se doivent de promouvoir et de soutenir les activités de réinsertion du détenu, et, en particulier, celles qui sont couronnées de succès, et grâce à cela, créer un élan positif pour une meilleure qualité de vie.